Ttu es là, tranquillement, à opérer des choix en tant qu’agent de l’histoire, libéré des archaïsmes et représentations autoritaires. Tu vogues dans un espace homogène classé par onglets. Parfaitement à l’aise avec la modernité, tes capacités cognitives l’emportent sur tes intuitions et tu RT vraiment ce qui te semble pertinent sans t’enflammer ni sur les mouvements de foules (Charlie) ni sur des niches qui te semblent un peu trop convexes (Coulibaly). Tu es somme toute la noblesse contemporaine, mesuré en tout, capable de discernement sans faille lorsqu’il s’agit de jauger un peu d’humour nazi ou juger une performance artistique incluant des régressions hormonales. Et pourtant non. Je suis irréductiblement prisonnier d’une lutte sans merci entre le sacré et le profane, entre le sens unique de la vie et le sens multiple de la mort. J’ai besoin de m’accrocher à l’irréel et dévoiler ce qui s’annonce carrément comme un coming out : l’amour du sacré. Et nous arrivons à ce moment délicat du dernier article d’une saison où l’auteur se dévoile en pétant le vernis de l’autodérision : ce qui le biberonne, ce n’est pas le stream sans fin et en pilotage automatique du cynico-blasé de la Vice-génération. Il y eut dans la vie de l’auteur des impacts forts et structurants qui nous mènent sans plus de détour à la découverte du culte tenace. De la mythologie vivante. Ouais, ce post est un panthéon et puis c’est tout.

Pour une fois sur ce blog je voulais écrire un truc juste. Débarrassé d’une ironie facile (rien à cacher) ou d’un enthousiasme surjoué (rien à vendre), je m’imaginais tenter de répondre à des trucs cools comme par exemple pourquoi écoute-t-on de la musique ? Différenciation sociale (t’écoutes quoi gros naze), survie génétique (le chant du coq), signal pur (théorie de l’information), incarnation du vouloir vivre (abstraction à la Schopenhauer), simple activité socio-économique (destruction à la Schumpeter) ou marqueur temporel (tube de l’été), appartenance à un groupe et relations de pouvoir (Booba / La Fouine)…  Ou bien traiter de manière enjouée la question : pourquoi boit-on du vin ? Pour sortir de la masse des ignorantspour le plaisir d’en parler doctement, pour l’oisiveté bavarde et conviviale qu’il suscite, pour le paradis artificiel d’un coût/bénéfice très équilibré, pour chercher l’embrouille contre la société de consommation, pour la gestion ennuyeuse d’un portefeuille ou les dégustations façon cours de fitness

Bon, finalement je crois qu’on va laisser tomber ces options.

Direction Condrieu, été 2015, rencontre avec Yves Gangloff à qui je remets aujourd’hui deux disques: Dys- et Wu Wei, sortis en 1996 et 1998 sur le mythique label Pandemonium (créé par Philippe Petit, le David Guetta de l’underground). Parce qu’ils créaient un langage abstrait, sans concession et ultra sensible (souviens-toi : samples ethniques et décharge noise, montées explosives et synthèses débridées), je n’imaginais parler de Hint qu’en échos à un vigneron maniant haut la main l’extrême race du vin et capable en douceur d’exploser les horizons. Et c’est Wu Wei qu’on écoutera à burne dans le chai, pipette à la main, cherchant l’insaisissable profondeur d’un liquide pourtant essentiellement composé d’eau. Telle la musique, simple vibration de l’air…

photo 1

Short en jean, cheveux mi-longs et T-Shirt Napa Valley, Yves, bientôt à la retraite, est un mythe vivant. Surfeur des ravines de Condrieu et Côte Rôtie, esquivant depuis 1987 les requins et sponsors trop visibles. J’ai rendez-vous avec celui dont je n’oserai décrire les vins, la littérature étant abondante sur le sujet, éloges et dithyrambes entourent généralement les vins produits par ce petit domaine aux étiquettes coquines. Confidentiel. Réussite légendaire: débarqué d’Alsace, ouvrier agricole chez Delas, monte de toutes pièces avec sa femme Mathilde un domaine référence en quelques années, tout en livrant quelques prestations rock’n’roll de Vancouver à Barolo. Empreinte racée qui impacte fortement les amateurs.

– goûte moi ça !

– Gangloff …

– un cri s’échappe

« On a fait il y a 20 ans une musique iconoclaste et ultra-personnelle, complètement en dehors des modes. Du coup, notre musique n’a pas vraiment été démodée. On a touché peu de gens, mais de manière intense et pérenne. On s’en est rendu compte depuis qu’on a repris les concerts, ça nous a surpris et fait plaisir ». C’est cet impact que je suis venu chercher, tentant de comprendre comment se forgent des produits aussi personnels dans leur facture et quels chemins les mènent vers l’universel.

Discours de la méthode

Je me marre quand Yves me balance « je connais rien au vin. C’est pas une connerie ! Je sais comment on fait le vin, mais analyser le vin ça m’intéresse pas, j’ai l’impression de retourner en cours de math ». Plus tard en cave, il détecte des défauts sur l’une des cuvées qu’on déguste, défauts à peine perceptibles. Alors j’y repense, le bonhomme est magique : « j’aime pas parler technique, je préfère parler des improvisations en cave, des impressions pendant qu’un vin se fabrique…J’écoute les conseils du technicien de la chambre d’agriculture qui vient me faire des analyses. J’écoute ses commentaires, respect pour ceux qui en savent plus et nous aident à avoir du recul… Mais ensuite en cave le quotidien peut m’emmener vers d’autres conclusions. Récemment sur certaines cuvées ça réduisait beaucoup, il me dit ‘ça serait bien de soutirer là’… Bien-sûr, je me suis fait de grosses frayeurs mais j’avais un peu raison au final de laisser filer le temps». Ici ce n’est pas l’analyse en tant que telle qui cloche, mais ce qu’elle représente et ce qu’elle peut potentiellement devenir si elle l’emporte: un vecteur d’uniformisation, une finalité plus qu’un moyen, une sécurité dans les processus qui épargne toute volonté, toute prise de risque, toute personnalité. Et donc forcément: une mode de plus au gré des critiques et des critères gagnants. Lui-même parle des vins de ‘confort’ « un vin qui sent la sécurité ». Jamais le mot sécurité, pourtant en vogue, n’a sonné aussi fosse septique. Comme si tous les grands vins devaient être des Audi. Comme si déboucher un vin devait se faire avec un air-bag. Il ose même « un vin sans volatile c’est un vin neutre », à deux doigts du Manifeste. Poursuivant sur le fait qu’il intervient de moins en moins dans les vinifications, il aime parler de ce qu’il se passe en cave, comment il fait ses choix, la part de hasard, le jeu avec la matière, le cheminement propre à chaque cuvée : Équilibre instable entre faire du vin et le vin qui se fait. « L’humilité est une valeur qui s’impose dans ce métier, qui ne manque pas de nous rappeler à l’ordre quand on croit tout savoir!« . Humilité face à ceux ‘qui en savent plus’, face au temps et à la nature. Et obligation de décider, de trancher sans toutes les données et parfois de laisser faire. Tous les jus sont élevés séparément, 4 parcelles à Ampuis et Tupins (vignes entre 12 et 50 ans) et 2 parcelles à Condrieu, avant d’être assemblés en deux cuvées de Côte Rôtie La Barbarine et La Sereine Noire et un Condrieu – sans nom mais aux étiquettes charnelles comme prélude aux réjouissances. Yves travaille aussi dans l’appellation Saint Joseph (blanc et rouge « des parcelles retapées en 2007, des sols très maigres, très filtrants, parfaits pour les blancs, plus compliqué pour les rouges… ») et pour le fun un viognier de pays (« bah je l’ai élevé en barriques inox – regarde comme elles sont belles – sinon il avait le goût du Condrieu ») et un rosé de syrah élevé en barriques, un truc à déguster à l’aveugle pour connaitre la synesthésie. Un genre de Côte Rôtie Zero quoi.

cuvesEntre rencontres marquantes, phases de travail crispantes et remise en question permanente, seule évidence sur son chemin : l’urgence du doute, reconnaissant être toujours un peu à la bourre, tout en voulant tout faire lui-même (même préparer la bouffe quand il accueille 20 italiens). Urgence et nécessité. « Hervé bricolait ses premiers samples et branchait sa guitare sur un ampli basse doublé d’un ampli guitare. Quand on s’est rencontré, il m’a demandé si je jouais du sax et m’a fait découvrir les premiers disques de John Zorn ». Et Arnaud jouait du sax. Il a découvert John Zorn. Ils étaient deux. Hint est né. Comme dans un bon vieux Paul Feyerabend qui dans son Esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance évoque les épisodes historiques où le hasard seul semble avoir mené à de grandes découvertes. Grandes découvertes au chai ou au local de répète, où il faut mêler patience, observation et gestuelle plus ou moins répétitive. « En 2014 il y a eu une phase assez longue où les vins étaient pas terribles : beaucoup de tri, aux vendanges il y avait eu des tonnes de mouches à vinaigre : hiver pluvieux, pas très froid, été pourri… A un moment donné j’ai dit aux gars qui vendangeaient ‘arrêtez de trier on ne va pas s’en sortir’, j’ai pris le risque, les vinif traînaient, je goûtais, j’avais la trouille… Et puis j’ai laissé tomber, 6 mois plus tard : c’était toujours trouble, mauvais… Et puis arrive ce qui arrive, on re-goute avec des visiteurs, pro ou particuliers et ça prend forme ». La trouille comme moteur. Le temps que les choses passent et se placent. L’avis d’un tiers de passage …

… le risque que tout finisse à la poubelle …

« A l’époque, en studio, le producteur Pascal Ianigro du studio Karma était très investi dans les enregistrements et a mis sa patte sur quelques titres. On a passé beaucoup de nuits ensemble à poser les mix en buvant du thé». Quelque part entre Confucius – rien ne sert de tirer sur une plante pour quelle pousse plus vite – et un anarchisme bon vivant – ce sont les accidents qui font la différence -, Yves accompagne la naissance de quelques-uns des vins les plus racés d’une appellation déjà haut placée dans le Wine Game. Définitivement, j’adore la manière dont Yves parle du vin, savourant au passage une petite pique ‘aux journalistes stars’ et leurs discours en larsen, où seules les factures changent de numéro. J’imagine des gars capables de mettre goudron et menthol dans la même phrase ou de pondre ‘délicieuse salinité dans le tanin’. Ou peut-être ceux qui aiment noter les vins, parfois avec 2 décimales (certainement des profs ratés ou des élèves revanchards). Ah ouais, ça marche aussi dans le rock, genre mettre 7.8 à un album ? Nan perso j’aurai mis 7.84 au dernier Health, tu crois pas ? Aux rock critiques accumulant adjectifs et oxymores (la nouvelle lubie des chroniques de disques façon ‘fragile brutalité’) je préfère l’anarchie bavarde et passionnée de feu-les forums. Perle cueillie à propos de Hint « c’est über-90’s, godfleshien en plus varié ». Réponse des intéressés « On est certainement plus varié que Godflesh, mais J.K. Broadrick reste le maître incontesté du larsen magnifique ».

Par-delà Nature et Culture

Alors qu’une déflagration free-noise de Wu Wei sonne dans le chai, un verre de Condrieu non collé et non filtré à la main, je demande à Yves ce qui fait la tension dans un vin. Tu sais, tout le monde aujourd’hui ne jure que par tension et minéralité. Il faut alors imaginer la continuité entre le vigneron, son terroir, la matière première qui y prend forme et devient du vin. Parler de transformation est presque réducteur : qui transforme quoi ? La vinification est-elle un phénomène naturel ?

Le raisin est-il fruit de l’homme ou de la vigne ?

Légalement, ‘le vin est exclusivement la boisson résultant de la fermentation alcoolique complète ou partielle du raisin frais, foulé ou non, ou du moût de raisin’. Et la fermentation est réalisée par des levures. « J’utilise que des levures indigènes, parfois ça patine un peu, parfois ça donne des gouts qu’on ne veut pas, peut y’en avoir des pas terribles. Si ça patine trop, en dernier recours on peut utiliser des levures sélectionnées». A quel niveau s’accorde-t-on un dernier recours ? Qu’est-ce qui donne la particularité des levures indigènes ? Le travail à la vigne, le terroir, le climat, l’environnement du chai ? Encore beaucoup d’incertitudes sur les facteurs en jeu et la relation entre les levures et la complexité du vin. « C’est une belle leçon d’humilité, la nature travaille, tu peux pas faire grand-chose, tu te demandes toujours ‘qu’est-ce que j’aurais pu faire’». Quand la fabrication du vin est aux limites du totémisme ou de l’animisme, le vigneron n’est pas homme objectivant la nature mais élément participant d’une nature cultivée, si l’on admet que le vin possède une personnalité propre. « On apprend à faire du vin sur les millésimes difficiles. La difficulté sur de bons millésimes : ne pas en rajouter! Quand tu as une matière première d’exception tu sautes dans tes cuves : on va faire une bombe atomique avec concentration, puissance et toute l’artillerie. C’est dur, mais le mieux dans ces cas-là : tu mets les mains dans les poches». Le plus difficile dans le savoir-faire c’est lorsqu’il ne faut rien faire.

Lorsqu’il ne faut rien faire

Laisser le produit s’exprimer, savoir s’arrêter dans la surenchère d’effets ou le syndrome de l’esquisse jamais achevée, enfouie sous des couches de retouches insatisfaisantes. Et toujours au cœur de la particularité : cette matière première chaque année renouvelée par les combinaisons climat/terroir. Yves exploite des parcelles sur les 2 principales formations géologiques de Côte Rôtie : la côte brune, roches sédimentaires dures, qui se délitent en plaquettes (tu sais le micaschistes, petites feuilles grises et brillantes que tu prenaient pour de l’or des citées) retenues par des murets de schistes et la côte blonde, constituée de minéraux plus pâles (quartz, granits friables), où les terrasses peuvent être minuscules pour contenir un sol menaçant de rejoindre le fond de vallée et s’y laisser couler tranquilou jusqu’aux plages de Camargue, suivant le cours du Rhône qui prend ici une oblique vers le sud-ouest, suivant une faille appuyée justement contre cette masse rocheuse. Des sols qui menacent de s’effondrer, une syrah flémarde qu’il faut sans cesse palisser pour remonter sur les échalas, car spontanément elle s’étale, s’effondre, se laisse aller. La Côte Rôtie est finalement une lutte contre la gravité. Le côté un peu Interstellar du pinard.

photo 3Sculpture du temps, géologie hasardeuse, repérée par les romains fuyant les crues du Rhône, à défaut de dompter les eaux, canalisent les pentes abruptes pour y faire pousser vignes et fruitiers, sucres et alcool adoucissant les langues assoiffées. « Les belles choses c’est quand le cycle végétatif est très lent ». Yves, habituellement dans l’urgence et la tension, se fait ici très slow, dans un genre de fausse lenteur qui s’étire pour mieux tendre la ligne de fracture du temps : lorsqu’il s’arrête, suspendu à la décision de couper la grappe et d’en extraire le jus parfaitement constitué, équilibre menaçant de s’effondrer d’un côté ou de l’autre, tel une cuisson de grand chef ou un larsen parfaitement tenu, entre le cuit et le cru, le mou et le croquant, lorsque le fruit quitte sa légèreté florale et juvénile avant de se faire dur et crevassé.

Paradoxe du temps qui simultanément contient ravages et constructions.

«La tension c’est l’équilibre acide/ arôme. C’est aussi la longueur en bouche. Par exemple le viognier on le dit gras, presque écœurant : mais avec une bonne maturité tu as les deux». Je plonge dans les voluptés de son Condrieu qui irradie dans mon verre. « Il y a des gestes que je répète. Par exemple, travailler avec l’air c’est important, l’oxygène nourrit les levures » lorsque le vigneron se fait éleveur en symbiose, travailler avec l’air, retour aux fondamentaux de la vie, possible expression d’une créativité dans la relation matière-gestuelle «les méthodes sont un peu toujours les même, ensuite, c’est le raisin qui commande. Il te reste 20 % pour exprimer ta créativité. Quand on vinifie, on écrit le dernier paragraphe ». Capté dans une longueur de bouche, je m’interroge sur les recettes de Hint, le travail en coulisse de leurs enregistrements. « On a pas de recette type, on n’est pas du tout des geek du matos. La seule règle pour valider un titre était que ça dégage une émotion, qu’elle soit belle et apaisante, ou aride et hyper-violente. On aimait bien surprendre. Placer une décharge ultra-noise en plein passage calme par exemple. Dans Hint, la tension est très importante ». La tension et le temps, poser les matières, travailler l’air pour obtenir la densité ou le silence pour l’impact. Laisser respirer, alterner urgence et dilettante. La Barbarine ou Dys- me semblent être fait des mêmes étoffes.

Nouveaux challenges

Puis on a fait le tour des jus de 2013 et 2014, fût par fût évoquant la poésie de chaque parcelle, marquant les notions d’animalité, de minéralité, de textures : délicate et florale, ferme et vive du jeune fruit, calleuse et buriné du fruit mûr. Le toucher du vin est si proche de la peau humaine : unique, la peau marque la personne et sa relation au temps. Une barrique verte et végétale, Yves y trouvera aussi un intérêt « bon, j’ai planté quelques vignes sur une parcelle pas top. Pour te dire, avant que j’y mette des vignes il y avait des blettes ». De la blette au Saint Joseph, il y a comme de l’alchimie dans l’air…Et on a parlé pour finir pratiques viticoles, successions et univers des possibles. S’il reconnait la nécessité du bio (« si je meurs d’un cancer je sais d’où il vient », évoquant ses premières années à pulvériser la fine crème pétrochimique – Feyzin n’est jamais loin), ses limites (phyto-toxicité du cuivre) et ses avantages indéniables, les implications concrètes à l’échelle du domaine sont encore lointaines « un domaine comme moi je dois doubler le personnel, repenser l’implantation de mes vignes, le matériel qu’il faut adapter et puis en bio mieux vaut tout arracher pour repartir sur un itinéraire adapté, sur mes plus vieilles parcelles pas évident »). On aborde alors le travail titanesque de Clusel Roch – « courage hors norme » – tandis qu’il continue, presque par dépit, à passer du roundup en écoutant Neil Young chanter contre Monsanto. Bon, cette année de canicule, c’est pas l’herbe qui va exciter les pulvés… Il  s’imagine aussitôt d’autres défis, puisque la réserve de terres n’est pas extensible (Condrieu 200Ha et Côte Rôtie 300 Ha, vous battez pas les hedge funds), pourquoi ne pas imaginer un échange de parcelles sur un millésime, chacun vinifiant les raisins des autres pour voir ce que ça donne, expérience ultime ou incorrigible envie de tester, prendre des risque. Se marrer aussi. Surtout. « Mais on a de la chance, les exploitations restent assez petites, y’a pas d’énorme propriétés et de plus en plus de petits faiseurs, de micro-vinifications de partout dans l’appellation, c’est vachement intéressant ». Petits faiseurs, foisonnement que ne masque pas complètement l’industrie, repérée aussi par les Hint dans le secteur de l’hyperactivité déficitaire «je ressens un renouveau du DIY et du réseau de niche dans la scène math-rock (Marvin, Pneu, etc…). J’ai l’impression que ces groupes vivent et tournent comme on le faisait à l’époque de la scène indé française des 90’s, où je trouve qu’on faisait le pont entre la scène noise-expérimentale : Bästard, Ulan Bator, Sister Iodine, … et la scène plus Hard-core : Portobello Bones, Condense, Kill The Thrill, … ». Yeah, les Hint sont les pères de personne, mais leur liberté créative, organisationnelle et humaine se retrouve dans une certaine façon de faire, de vendre et d’organiser la musique.

hint unsane

Quand à Yves, on aborde enfin la question qui tue, celle de la succession. Le Domaine Mathilde et Yves Gangloff sera-t-il vendu à Jay-Z ou ses deux enfants relèveront-ils le défis du prénom ? Et là, gros spoil Wine&Noise : Elsa se lance dès cette année et produira sa première cuvée. Surprise donc à la rentrée (enfin une cuvée parcellaire ou peut être une spéciale Blettes ?), tandis que Loup, associé mais pas encore entré de plein pied, continue ses études en Ecole de Commerce, certainement pour décupler la puissance marketing et communicationnelle du business familial.

Human after all

Quand on parle Gangloff, on s’extasie devant le talent du gars-qui-n’a-pas-pris-la-grosse-tête, on peste parce que les quilles sont rares et chères (voir la description totale MDR sur le bettane et dessauve qui manifestement sont pas contents de pas avoir reçu leurs échantillons cadeaux), on bricole le portrait obligatoire du ‘vigneron-rockeur’. Mais on oublie aussi le basique, l’arrière cours « quand tu fais les vendanges chez Gangloff t’es bien reçu, bien payé, l’ambiance est cool et ça c’est aussi une force du bonhomme » me confie un habitué. Confirmé par l’intéressé « les vendanges c’est 25 dans les vignes 40 à table », en échos avec les Hint pour qui « l’équipe est très importante, tant au niveau artistique qu’au niveau humain ». Dois-je clore ce portrait sur cette touche fleur bleue ? Facile d’être généreux quand on a aucun effort à faire pour vendre des quilles à mini 40 € ?  La question de la redistribution des richesses a occupé le XXème siècle, avec une option plus ou moins réussie d’allocation optimale des ressources. La redistribution des singularités occupera certainement une bonne part de notre jeune XXIème en espérant que tous les trucs en –pride ou en –ism trouveront leur place dans le grand jeu de l’humanité. Richesses matérielles et singularités symboliques : chacun cherche sa place dans le brouhaha des drapeaux qui claquent. Rencontrer ceux qui manipulent avec légèreté matériel et symbolique, sans cynisme (dont la subversion initiale s’est diluée dans un fonds de commerce trop rentable) et avec générosité (voir Hint en concert et comprendre) a ceci de sacré : il est possible d’exister. La bombe humaine existe, elle n’est ni littérale, ni pétard mouillé. Mes caves ne seront jamais remplies de sereine noire mais je m’interroge encore sur ce qui est le plus précieux : la rareté de ces vins ou ce moment passé à prendre un café sur la terrasse, commentant l’histoire d’un paysage, à peine griffé par les pioches de l’histoire …

combo teil disc

Allez, en bonus, l’ultra playlist d’Arnaud à la genèse de Hint :

On écoutait beaucoup de choses : le grunge de chez Sub Pop, la noise de Sonic Youth et The Ex, l’indus de Pitchshifter et Cop Shoot Cop, les grosses grattes de Helmet et Fudge Tunnel, le free de John Zorn et Daunik Lazro, l’electronica de Autechre et Aphex Twin, l’ambient de Rapoon et Earth, le minimalisme de Steve Reich et Philip Glass, le post-rock de Tortoise et Labradford… C’est vaste ! On ne cherchait pas à sonner « comme » ; mais on recherchait le gros son de gratte de certains groupes ; et on était très impressionné par la hargne live d’un Unsane par exemple

Dys- et Wu Wei ont récemment été ré-édités sur le label Kshantu

La Sereine Noire est à boire si vous la trouvez